
Tribune de Fadila Mehal, présidente-fondatrice des Marianne de la diversité, dans le journal Metro, publié le 11 octobre 2009.
"Depuis trois semaines, la France est divisée. C’est l’emballement, deux camps s’affrontent pour décider du sort du cinéaste franco-polonais Roman Polanski. Les Français s’interrogent, s’invectivent, convoquant pèle mêle le droit, la grande histoire et la culture. Faut-il sauver le soldat Polanski après que la Suisse, pays notoirement neutre, ait décidé, d’extrader aux Etats Unis le cinéaste, pour qu’il réponde, après 30 ans, de sa condamnation pour relations sexuelles avec une mineure de 13 ans.
Les tenants du droit ont quelque raison de s’émouvoir sur la légitimité de prôner une justice pour tous, quand les plus nantis ou les plus médiatisés, s’en exonèrent en toute impunité. Les associations de femmes, dont les Marianne de la diversité, qui militent dans le cadre d’un collectif, pour que l’année 2010 soit reconnue cause nationale contre les violences faites aux femmes, sont en droit de dénoncer une justice à deux vitesses, dont les femmes et les enfants sont toujours les premières victimes. La semaine dernière le téléfilm "Un viol" de Marion Sarraute sur France 2, a éclairé avec pudeur et désespoir le drame intime d’une femme violée, sa honte et cette atteinte indicible à l’intégrité de son corps et à la dignité de sa personne dont les victimes n’échappent jamais sans cicatrice ni traumatisme.
Il y a quelques mois, le Rappeur Orelsan se retrouvait dans l’œil du cyclone et boycotté au Printemps de Bourges parce que les paroles de sa chanson "Sale P..." donnait le vertige, tant la haine et la violence envers les femmes en dénaturaient le sens et même la portée (incontestable) de son talent. Beaucoup de femmes alors ont dit stop et ce fut salutaire. L’objectif n’était pas de censurer le talent et de renvoyer dos à dos, de façon irréconciliable l’acte créatif et la défense des droits humains. Cette vision binaire n’est pas la nôtre, car la réalité est complexe , mais la dignité humaine doit l’emportait sous toute autre considération ; Mais le débat fut dur, âpre, radical et il a eu le mérite de faire bouger les lignes. Comme beaucoup de femmes, nous considérons que la défense des droits humains, ce n’est pas le retour à l’ordre moral d’un autre siècle et nous pensons en même temps que la culture a besoin d’ être subversive et transgressive si elle veut transformer le réel.
Roman Polanski est un formidable cinéaste, il a su mieux que personne dans ses œuvres fortes et belles, parler de la douleur et de la déshumanisation. Son film "Le pianiste" restera un chef d’œuvre universel car il a su montrer, comme le rappelait André Malraux que la culture "c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme" et ce qui nous permet de transcender la noirceur qui est en chacun de nous, pour atteindre notre part d’humanité.
Puisse cette recherche d’humanité inspirer Roman Polanski et lui donner la force d’affronter ses (vieux) démons. Nous serons alors à ses côtés pour le long travail de reconstruction qui commencera, pour lui et pour sa victime, dés lors que la justice sera passée."
Article original sur le site de Metro : suivez ce lien.
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